Interview : Mettre en place une dynamique de veille dans son entreprise

Interview de Jérôme Bondu par Karim Hamis

Qu’est-ce que l’Intelligence Economique et quelle est la différence avec la Business Intelligence ?

Jérome Bondu : L’intelligence économique est une expression relativement nouvelle, mais elle exprime une réalité vieille comme le monde : toute entreprise doit analyser son environnement, anticiper les réactions des concurrents, comprendre au mieux les besoins de ses clients …

L’intelligence économique regroupe ainsi ce que l’on appelait avant « veille technologique », avec la « veille concurrentielle », la « veille commerciale » et toutes les formes de veille. On y ajoute aussi des dimensions d’influence et de sécurité informationnelle. L’expression « intelligence économique » est donc une appellation « ombrelle » qui regroupe toutes les dimensions de la gestion stratégique des informations.

Par contre, cela n’est pas de la « business intelligence » qui fait référence aux progiciels de gestion qui permettent de suivre (monitorer) les activités de l’entreprise (achats, ventes, …), et qui offrent aux dirigeants des « tableaux de bord ».

Si on veut expliquer facilement ces deux activités, on peut dire simplement que : La « business intelligence » s’occupe des données structurées dans l’entreprise (volume des achats, volume des ventes, ventilation par produits), issues de l’interne. Alors que « l’intelligence économique » s’occupe des données non structurées, en grande partie issue d’internet (informations collectées sur les sites des concurrents, analyse des médias sociaux, …) mais aussi l’information grise issue des réseaux humains.

Pourquoi les entreprises devraient-elles s’y mettre ?

Jérome Bondu : Pour de multiples raisons : Parce que cela apporte une visibilité pour les managers sur tout ce qui se passe sur internet et qui concerne l’entreprise. Parce que cela apprend aux collaborateurs à bien rechercher des informations, à bien surveiller le web, … et cela apporte de la productivité (gain de temps) et de la certitude dans la prise de décision. Parce que -enfin- nous rentrons dans un monde incertain (révolution numérique, disruption des modèles économiques, développement de l’intelligence artificielle, grignotage du business par les GAFAM) et que l’IE est une grille de lecture de cette révolution. L’IE donne des clés de lecture, et des pistes de réaction.

Concrètement que faut-il mettre en place ?

Jérome Bondu : Il faut trois choses : des outils, une organisation et une dynamique.

Concernant la maitrise des outils, on peut soit utiliser des outils gratuits soit une plateforme de veille professionnelle pour organiser la surveillance du web. Il faudra prévoir une personne en charge ou préférablement deux, à temps partagé, pour permettre une continuité de service quand maladie, congé, …

Concernant l’organisation, cela dépend bien sûr de la taille de l’entreprise, mais il faudra idéalement un responsable IE qui peut superviser la dynamique, qui peut s’assurer que les outils fonctionnent bien, que les informations issues du web (mais pas seulement) circulent bien en interne, touchent les bonnes personnes, et sont une véritable aide à la décision.

Il faut enfin une dynamique, ou dit autrement un « état d’esprit ». C’est comme pour la sécurité, tout le monde doit se sentir concerné.

Que doit-on en attendre ? Comment cela se positionne dans une entreprise ?

Jérôme Bondu : Les gains sont multiples : Gain de temps (dans toutes les recherches sur internet) et en productivité. Gain en terme de « certitude » dans les prises de décision. Meilleure compréhension de l’environnement (concurrence, …). Capacité d’innovation, …

Quant au positionnement le service d’IE peut se mettre n’importe où… au marketing, à la R&D ou à la communication… Celé dépend de la culture et de la structure de l’entreprise. Idéalement il faudrait positionner ce service dans le département qui est le plus demandeur en informations.

Comment positionner l’IE par rapport au contrôle interne ?

Jérôme Bondu : On peut dire que l’intelligence économique est une sorte de « contrôle interne sur les données informationnelles ». L’IE essaye de rationnaliser les besoins d’informations des collaborateurs, en leur apportant les informations utiles, avec les meilleures conditions de cout et de qualité.